Bâtir la confiance, Donner du sens au futur

Le cercle des Echos, le 9.03.2016 & Gestion sociale 10.03.2016


Brigitte Wartelle / Directeur associé Stratorg Group


Accaparés par des questions plus immédiates, l’entreprise et les partenaires sociaux ont rarement l’occasion d’aborder des sujets stratégiques. Regrettable en temps normal, ce manque de discussions sur les enjeux à long terme l’est d’autant plus à l’heure où se profilent des changements considérables.

Aussi massive qu’inéluctable, la vague de la transformation digitale promet en effet des bouleversements d’une ampleur inédite, qui affecteront toutes les dimensions du travail. Cette révolution qui s’annonce constitue pour les partenaires sociaux une opportunité autant qu’un impératif de dialogue, car de tels sujets réclament plus que les consultations ponctuelles ordinaires, ou d’être traités au coup par coup dans le cadre fragmenté des projets, où ils sont réduits à une question managériale de conduite du changement.

Bien plus qu’une simple informatisation, la transformation digitale peut remettre en question les fondements mêmes de l’entreprise : son organisation, ses métiers, sa culture, parfois jusqu’à son modèle économique. Consécutivement, tous les aspects du travail s’en trouvent profondément affectés : emploi, conditions de travail, relations, mode de rémunérations… Le travail à distance pose la question du lieu de travail et du lien social.

Le temps de travail devient une notion plus floue, plus difficile à définir et à encadrer. Les exigences et les incertitudes d’un fonctionnement de plus en plus en flux tendu créent un stress inédit. Le travail collaboratif, en réseau, redéfinit les relations managériales et le rôle de l’encadrement. Les outils évoluent, les compétences nécessaires aussi, et tout le monde n’y est pas préparé de la même façon. Enfin, avec le changement, et l’omniprésence de la technologie, les craintes se multiplient : crainte de devenir inutile, d’être déclassé, d’être surveillé…

Face à des sujets aussi essentiels, et potentiellement sensibles, ce serait sans doute un mauvais calcul pour l’entreprise de délaisser ses interlocuteurs traditionnels. Sans leur intermédiation, sera-t-il possible de définir de façon efficace, sereine et juste un nouveau cadre adapté à l’ère digitale ? Quant aux organisations syndicales, pour se poser en interlocuteur crédible, elles doivent également se remettre en question. Il leur faut monter en compétence et en maturité sur les sujets liés à la technologie pour que ceux-ci soient un moteur, et non un frein, à leur réflexion et s’interroger sur l’ensemble des formes d’activités qui peuvent se développer aux frontières du salariat.

Réunir les conditions d’un dialogue utile et constructif ne sera donc pas chose aisée. Toutefois, des bouleversements aussi fondamentaux que ceux induits par la transformation digitale sont rares, et la nécessité de les anticiper offre une occasion unique d’aborder tous les sujets de façon plus globale, dépassionnée, en prenant de la hauteur par rapport aux projets en cours et à l’urgence du quotidien.

Étant donné l’ampleur des enjeux, il serait dommage de ne pas saisir cette opportunité.