Bâtir la confiance, Donner du sens au futur

Le Cercle des Echos 04/06/2015

Jacques LEFEVRE / Associé cabinet STRATORG |

 

Grâce à une conjonction de facteurs, l'industrie française enregistre un léger mieux. C'est le moment de reprendre notre leadership, à condition de jouer collectif.

Le constat d’une désindustrialisation profonde en France a été largement partagé par de nombreux économistes. Force est de constater que le recul de l’emploi industriel touche davantage l’Hexagone que la plupart des autres pays européens.

La part de l’industrie dans la richesse nationale (19,8% du PIB en 2013 contre 22,6 en 2000 est l’une des plus faibles de la zone euro, loin derrière l’Allemagne (30,7 %) ou l’Italie (23,3 %). Cela se traduit par un très fort déficit de la balance commerciale française avec l’extérieur. (Consultez « Part de l'industrie dans le PIB » dans « Les Echos Data »)

De nombreuses raisons d’y croire

Toutefois, un frémissement de reprise se fait jour, principalement porté par la convergence :

• D’un prix du baril aux environs de 60 euros, soit près de deux fois moins élevé qu’il y a quelques mois.

• De taux d’intérêt historiquement bas.

• D’un différentiel euro/dollar très favorable aux activités produisant en euro et commerçant en dollar.

Impliquer tous les acteurs

Un fort gisement de productivité existe à travers le développement du collectif entre industriels, comme par exemple entre les donneurs d’ordres et leurs fournisseurs clefs.

L’initiative Agilité Confiance l’a prouvé dans le secteur aéronautique Midi-Pyrénées. Le réflexe premier consistant à répondre à la complexité du ramp up par toujours plus de processus, de contrôle… trouve rapidement ses limites : ils rigidifient l'organisation et perdent l'engagement naturel des hommes au passage.

Des améliorations de performance, inatteignables par les démarches traditionnelles, ont été obtenues en travaillant sur le facteur humain au sein de plusieurs grappes de la filière aéronautique (une grappe = un donneur d’ordre et ses fournisseurs clefs) :

- Passage des On Time Delivery des fournisseurs de 60 % à 90 % en moyenne, se concrétisant par une réduction par 4 des pénalités de retard.

- Meilleure compréhension des contraintes métier des autres fournisseurs permettant de réduire de 30 % les non-conformités.

- Meilleure compréhension de la vision et de la stratégie de la tête de grappe, ayant conduit à un plus grand engagement des équipes.

- Partage d’opportunités de business entre fournisseurs d’une même grappe, ayant conduit à une croissance de chiffre d’affaires…

La démarche Agilité Confiance a consisté à construire des écosystèmes de compétitivité, impliquant tous les acteurs donneurs d’ordres et fournisseurs clefs, en déployant une relation plus riche, plus forte, plus engagée autour d’un sens mieux partagé.

Dans un monde où la concurrence est mondiale et de plus en plus rude, il est indispensable que la France s’organise pour jouer en équipe. C'est avec un esprit de corps que la France est conquérante ! Développer ce collectif permettrait non seulement une réindustrialisation de notre pays, mais également la création d’emplois pérennes

Quand ce collectif n’est pas là, les échecs sont très douloureux. Il n’y a qu’à voir les difficultés françaises en termes de nucléaire, ou la performance de nos constructeurs automobiles sur le marché chinois, comparée à celle des constructeurs allemands…

Exiger à son tissu industriel de se caler sur les conditions obtenues avec des fournisseurs chinois plutôt que de les entraîner pour jouer en meute sur un nouveau marché est symptomatique de notre culture française, individualiste, de rapport de force.

Bâtir des écosystèmes agiles en confiance

La confiance et l’agilité ne se décrètent pas, elles se construisent. Elles sont la condition sine qua non d’une vraie mutation. C’est un voyage qui nécessite une feuille de route, avec une photo du point de départ et une vision du point d’arrivée.

Or si l’on créé un environnement favorable permettant aux chefs d’entreprises de se retrouver dans une configuration de jeu collectif, ils y prennent un grand plaisir et l’accroissement de la performance collective est au bout du chemin.

Par Jacques Lefevre, associé cabinet STRATORG