Bâtir la confiance, Donner du sens au futur

Le Figaro 19.11.2015

INTERVIEW - Alors qu'un nouveau CCE se tient ce jeudi, l'atmosphère reste électrique au sein de la compagnie. Si la direction insiste pour poursuivre les négociations, elle risque de bloquer complètement la situation, prévient Brigitte Wartelle, associée au cabinet de conseil en management Stratorg group.

LE FIGARO - Peut-on encore parler de dialogue social chez Air France ?

Brigitte Wartelle - Tout dépend de ce que l'on veut dire par dialogue social. La direction affirme qu'il y en a un car plusieurs accords ont été signés. Mais je pense qu'il ne s'agit pas vraiment de dialogue. C'est plutôt une sorte de processus réglementaire. Or négocier un accord qui a déjà toutes les chances d'être appliqué, ce n'est pas forcément dialoguer.

Qui est responsable de ce blocage?

C'est difficile à dire. Une chose est sûre: ce n'est pas bon de fonctionner par ultimatum avec un calendrier aussi serré, comme le fait la direction (la fin des négociations a été fixée à janvier, ndlr). Ce choix a eu pour conséquence d'unir tous les syndicats contre elle. Et aujourd'hui, il y a un vrai bras de fer entre les deux parties. Les syndicats vont essayer de mettre tout leur poids dans la suite des discussions. Je ne vois pas comment la compagnie pourrait s'en sortir en poursuivant ainsi.

Quelle serait la solution pour dénouer la situation?

Aujourd'hui, je ne constate aucune volonté de la part des deux parties d'apaiser la situation. Mais lorsque l'on arrive à un point où l'on ne peut plus se parler, il faut de l'apaisement. La solution serait de faire une pause dans la négociation le temps de laisser retomber un peu la pression. Ensuite, il faudait rebâtir la confiance entre les deux parties. Pour cela, il faut d'abord proposer des petits changements plutôt que d'aller à une négociation frontale sur un vaste projet de restructuration. Ce n'est que comme ça que l'on rentre dans un processus de dialogue. L'idée est de discuter pour changer les postures à plus petite échelle. Prendre ce temps est nécessaire pour le futur de l'entreprise.

Mais Air France affirme qu'elle doit agir rapidement pour sauver la compagnie…

L'urgence économique a toujours été un levier pour mettre les gens dos au mur. C'est étouffant. La compagnie doit accepter de prendre du recul et de redonner du temps au temps.

Comment faire pour que ce type de crise ne se reproduise plus?

La seule solution est de prendre le temps de discuter de l'avenir de l'entreprise avant que cela ne devienne urgent. C'est compliqué mais il faut prendre le temps de se mettre autour de la table pour parler des sujets avant qu'ils ne deviennent chauds.